Des Arméniens irrités par une manifestation pacifique et poignante

Communiqué de presse – Tout a commencé par quelques notes de violon s’élevant au-dessus du brouhaha londonien. Rendues presque humaines grâce au talent d’une mystérieuse musicienne, elles se faisaient entendre sous un ciel sombre et pluvieux de circonstance pour commémorer un triste événement.

Sous un voile noir synonyme de deuil, la musicienne a joué des mélodies mélancoliques de sa terre natale, l’Azerbaïdjan, afin de commémorer le 24e anniversaire de la prise de l’arrondissement de Qubadli par les Arméniens – le 31 août 1993 – lors de l’invasion du Haut-Karabagh et de ses sept provinces voisines.

Bien que le droit de manifester pacifiquement dans les rues de Londres soit consacré par les lois britanniques, un diplomate arménien est sorti de son Ambassade pour faire part de son mécontentement – allant même jusqu’à tenter d’attraper le violon. Après une courte intervention de M. Jack Pegoraro (Directeur du bureau londonien du Cercle Européen d’Azerbaïdjan – The European Azerbaijan Society, TEAS) ayant pour but de rappeler l’objet de la commémoration, le diplomate arménien a contesté l’occupation du territoire azerbaïdjanais par les forces armées de son pays et a mis à exécution sa menace d’appeler la police. Ayant compris la nature de la manifestation, le policier chargé du dossier a alors répondu : « Nous sommes au Royaume-Uni. Vous avez parfaitement le droit de manifester dans le calme. »

Connue pour la beauté de ses paysages montagneux et pour la variété de sa flore et de sa faune, la région de Qubadli a payé un lourd tribut au conflit, avec 238 victimes azerbaïdjanaises lors de l’invasion (et 384 en comptant les décès consécutifs aux blessures).

De nombreux civils ont aussi péri par noyade en essayant d’échapper aux tirs arméniens sur la rivière Hekeri. Piégées par l’absence de tout corridor d’évacuation, elles sont mortes comme les 613 civils du massacre de Khodjaly, survenu un an plus tôt au cours d’une nuit de funeste mémoire.

Cette invasion a poussé les 31 364 habitants du Qubadli à fuir et à grossir un contingent de déplacés composé de près d’un million de compatriotes répartis dans des camps aux quatre coins de l’Azerbaïdjan. Près de 7 000 maisons privées ont été détruites suite à la décision arménienne de pratiquer la politique de la « terre brûlée », dans le but que les Azerbaïdjanais ne rentrent jamais chez eux. Outre les victimes humaines du conflit, on déplore aussi la perte de nombreux monuments, ponts et tombes, dont certaines remontaient aux 4e et 5e siècles.

Le 14 octobre 1993, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la résolution 874, qui appelait à un retrait immédiat des troupes arméniennes du Qubadli, en plus des districts de Fizouli et Jabrayil. Trois autres résolutions adoptées le même jour ne sont toujours pas appliquées, et ce depuis plus de 20 ans.

« Le but de la manifestation d’aujourd’hui est de marquer le 24ème anniversaire de l’occupation de la région azerbaïdjanaise de Qubadli, a précisé M. Pegoraro. La femme voilée en noir interprétant Bayati Shiraz et Sari Gelin symbolise les lourdes pertes du peuple azerbaïdjanais, en vies humaines ou en maisons abandonnées. Nous nous trouvons devant l’Ambassade pour rappeler aux Arméniens que l’Azerbaïdjan n’oubliera jamais tant que le Haut-Karabagh et que les provinces voisines ne seront pas restitués à l’Azerbaïdjan. »

« Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige », écrivait Charles Baudelaire. Ces mesures de violon ont été jouées devant l’Ambassade d’Arménie pour commémorer la tragédie de Qubadli et pour insuffler, dans le cœur de chacun, une pensée pour les hommes, les femmes et les enfants qui ont perdu la vie, qui n’ont jamais revu leur maison, et pour qui Qubadli est un beau mais lointain souvenir.

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