Douleur, félicité et poésie : le mugham fait danser Paris

Communiqué de presse – Pour la sixième année d’affilée, le bureau parisien de la fondation du Cercle Européen d’Azerbaïdjan (The European Azerbaijan Society - TEAS) s’est associé à Europa Film Akt (EFA) pour organiser la 12e édition du festival L’Europe autour de l’Europe, qui fort à propos, portait cette année le sous-titre « Les migrations existent. La mort n’existe pas. », une phrase écrite en 1929 par le grand écrivain expressionniste et diplomate serbe, Miloš Crnjanksi. La soirée a été marquée par la première française du nouveau film documentaire de TEAS, Young Voices, Ancient Song, projeté en présence d’environ 120 diplomates, cinéphiles et amis de l’Azerbaïdjan, dont S.Exc. Elchin Amirbayov (Ambassadeur d’Azerbaïdjan en France), et Mme Hedva Ser (Ambassadeur de bonne volonté de l’UNESCO et Envoyé spécial pour la Diplomatie culturelle). Outre le film, la programmation du festival met à l’honneur des cinéastes majeurs comme Carlos Saura, Jean-Luc Godard, Volker Schlöndorff et Andrzej Wajda. M. Jeffrey Werbock (Président de la Mugham Society of America et réalisateur du film) était présent à la première.

Young Voices, Ancient Song a été projeté le 12 avril à L’Entrepôt, l’Espace artistique multidisciplinaire parisien fondé en 1975 par M. Frédéric Mitterrand (ex-Ministre français de la Culture). « Ce soir nous vous proposons un événement unique qui se compose d’un film, d’un échange avec le réalisateur et d’un concert », a déclaré Mme Irena Bilic (Directeur d’EFA) lors de son mot d’accueil. J’aimerais remercier TEAS, notre partenaire pour la sixième année consécutive, pour sa contribution à l’organisation de cette soirée exceptionnelle, et pour nous avoir fait connaître une autre facette de la culture azerbaïdjanaise. »

« Nous sommes fiers d’avoir produit ce film important, dont l’objet est de nous parler du mugham et de ces enfants azerbaïdjanais qui font partie des réfugiés et des déplacés internes – victimes aujourd’hui encore du conflit arméno-azerbaïdjanais du Haut-Karabagh, a déclaré pour sa part M. Lionel Zetter (Directeur de TEAS).

« Malgré le cessez-le-feu intervenu en 1994, le conflit fait toujours des victimes. Nous ne devons pas oublier qu’il y a tout juste un an, la Guerre de Quatre jours a pris trop de vies et a rappelé le besoin urgent d’une solution.

« Le souhait le plus cher de TEAS est de parvenir à une conclusion pacifique du conflit du Haut-Karabagh. Elle permettrait aux civils, qui sont toujours les premières victimes, de rentrer un jour chez eux et de ramener la tradition azerbaïdjanaise du mugham sur ses terres natales : la région du Haut-Karabagh. »

« Young Voices, Ancient Song parle de cette tradition du mugham très chère à l’Azerbaïdjan, fait remarquer Mme Marie-Laetitia Gourdin (Directrice de TEAS France). Le mugham est une musique improvisée dont les racines puisent dans les terres du Haut-Karabagh et qui sait exprimer la joie comme la tristesse, et l’amour comme l’abandon.

« Le prix du conflit arméno-azerbaïdjanais, c’est environ 20 % du territoire azerbaïdjanais, toujours sous occupation étrangère par les forces arméniennes. Il a aussi entraîné environ un million de réfugiés et de déplacés, dont le départ contraint fait aussi peser sur le mugham un danger de disparition.

« Ce film montre l’ardeur des enfants déplacés à préserver la tradition du mugham à travers le désir de Jeffrey Werbock – un musicien de mugham de nationalité américaine mais Azerbaïdjanais de cœur – de retrouver, après bien des années, les enfants déplacés qui vivaient dans des camps répartis sur tout le territoire azerbaïdjanais, et de découvrir la vitalité du mugham. »

La région azerbaïdjanaise du Haut-Karabagh, sous occupation illégale de l’Arménie depuis un quart de siècle, a joué un rôle déterminant dans l’essor du mugham. Séduit par l’extrême habileté des enfants du Haut-Karabagh à interpréter cette musique malgré sa complexité artistique, M. Werbock a décidé d’aller à leur rencontre dans les wagons de train et les habitations précaires qui abritaient à l’époque les quelque 1 million d’Azerbaïdjanais réfugiés ou déplacés. Le film raconte son périple à la recherche de trois des quatre chanteurs qu’il avait déjà eu l’occasion d’entendre chanter, la découverte de leurs conditions de vie et la prégnance de leur talent malgré l’adversité.

Originaire de Philadelphie, M. Werbock commence à étudier le mugham en 1973. Au fil des années, il acquiert la maîtrise de trois instruments emblématiques de l’Azerbaïdjan (l’oud, le târ et le kamânche). Il a déjà donné plusieurs de ses passionnantes conférences–concerts en Europe, aux États-Unis et en Israël, articulées pour l’essentiel sur le « contexte » spirituel à l’origine du mugham, la transmission des techniques entre les musiciens et les enseignants, et les modes et les micro-tons de cette musique multiséculaire.

Lors de la séance de questions & réponses avec M. Werbock à l’issue du film, un spectateur s’est dit « extrêmement ému par le film, qui est une véritable découverte car il m’a expliqué un genre musical et m’a présenté un pays dont je ne savais pas grand-chose. En tant que spectateur, c’était pour moi un film merveilleux, avec une musique très profonde. C’était fabuleux de voir ces enfants chanter cette musique à leurs grands-parents. »

« J’ai été très touchée par le film, qui témoigne de votre amour pour le pays », a observé Mme Ser, auteure de11 statues pour la paix dans le monde entier en sa qualité d’Artiste pour la Paix de l’UNESCO. Il est aussi fidèle à la chaleur des populations locales, que j’ai moi-même ressentie au cours de ma première visite en Azerbaïdjan. Les gens sont gentils et sympathiques. J’ai aussi été très émue en voyant de petits enfants jouer du mugham. L’art est le moyen le plus direct de s’adresser à autrui. Tous les enfants étaient heureux, malgré le drame de leur déplacement forcé : quand ils chantaient, ils entraient dans une dimension esthétique supérieure. C’est une leçon pour nous tous. »

Toujours au de cette séance de questions & réponses, il a aussi été question de l’état des négociations de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, et notamment des conditions qui permettraient le retour des déplacés azerbaïdjanais sur leurs terres natales ; de la proportion de jeunes khânendes susceptibles de devenir chanteurs professionnels de mugham une fois adultes ; de ressemblances entre muqam et mugham ; des racines turciques de la langue azerbaïdjanaise. La soirée s’est terminée sur une interprétation poétique de M. Werbock à la kamânche, devant un public touché tour à tour silencieux devant tant de beauté, puis applaudissant à tout rompre après les toutes dernières mesures.

Pages Annoncées