La Route de la Soie : l’Azerbaïdjan à l’honneur en des lieux qui ont inspiré Claude Monet

Communiqué de presse – Du 17 au 27 août, le Festival Musique de Chambre à Giverny (département de l’Eure) a rendu hommage à la musique classique azerbaïdjanaise en en faisant l’un des thèmes principaux de sa 13ème édition, intitulé La Route de la Soie. Le programme de ce festival annuel, parrainé par le bureau français du Cercle Européen d’Azerbaïdjan (The European Azerbaijan Society - TEAS) proposait 11 concerts et une conférence.

Donnés dans des lieux pittoresques et évocateurs, tels que le Musée des Impressionnismes de Giverny ou la Mairie de Vernon, le programme de La Route de la Soie proposait des œuvres originales venues d’Azerbaïdjan et d’Orient, mais aussi de compositeurs occidentaux inspirés par l’Orient. C’est par ailleurs dans le cadre du festival que Franghiz Ali-Zadeh, compositrice azerbaïdjanaise majeure, a présenté quelques-unes de ses œuvres et fêté son 70e anniversaire. Présidente de l’Union des Compositeurs azerbaïdjanais depuis 2007, son œuvre lui a été inspirée par l’immense compositeur azerbaïdjanais Gara Garayev – qui fut son professeur au Conservatoire de Bakou – et par la technique des douze sons (ou dodécaphonisme) inventée par Arnold Schoenberg et Alban Berg. Franghiz Ali-Zadeh cherche depuis toujours à opérer une synthèse entre les microtons du mugham azerbaïdjanais et l’avant-garde d’Europe occidentale, d’où des pièces uniques et en tous points passionnantes pour le mélomane. Plusieurs de ses pièces ont d’ailleurs été interprétées par des musiciens occidentaux de renommée mondiale, comme le violoncelliste Yo-Yo Ma, le Kronos Quartet ou la violoniste Hilary Hahn.

Ses variations sur Mugam Sayagi pour quatuor à cordes ont ouvert le concert Sur les routes de la Soie le 18 août. « Franghiz Ali-Zadeh est une femme extraordinaire qui a créé un langage musical singulier qui associe la musique traditionnelle de son pays à l’avant-garde de la musique classique, a glissé le violoncelliste Michel Strauss (Directeur artistique du Festival) en présentant le concert. Sa musique fait partie intégrante du voyage musical de ce soir. »

« L’œuvre de ce soir, Mugam Sayagi, est une pièce très importante pour moi, car elle était jouée à l’origine par le Kronos Quartet, lui a répondu Franghiz Ali-Zadeh. Emprunte de mysticisme et d’impressionnisme, elle contient des thèmes propres au mugham, dont on rappelle qu’il marie la poésie et la musique. »

Interprétée dans une certaine théâtralité – les violonistes jouant les premières mesures en tournant le dos au public – la pièce s’ouvre sur un ronronnement plaintif suivi d’un crescendo ponctué de cordes jouées en pizzicato, de parties lyriques et de motifs de danse, et orné d’un gong et de notes jouées au triangle, avant de s’achever par une lente sortie de scène, dos tourné, de tous les musiciens, dans une ambiance de plus en plus silencieuse.

D’après les notes du programme : « Une attitude qu’on peut rapprocher de celle du géant Sergueï Prokofiev, dont Franghiz Ali-Zadeh ne réclame pas l’héritage, tout en brassant comme lui les effets rugueux, les motifs mécaniques, le lyrisme, l’installation dans le temps, le détail qui modifie l’écoute. »

D’abord réduit au silence par une prestation en tous points épatante, le public a ensuite offert une ovation debout à Mme Ali-Zadeh et à ses musiciens, rappelant même ceux-ci à plusieurs reprises avec des exclamations à l’avenant à l’endroit de Mme Ali-Zadeh de la part d’un public de connaisseurs  (« Formidable ! », « Incroyable » ou même « Vous m’ouvrez tout un univers musical »).

Également au programme, la première interprétation d’une transcription pour quatuor à cordes de Shéhérazade, de Nikolaï Rimski-Korsakov, œuvre inspirée par les régions orientales de l’Empire russe (lequel renferme le territoire actuel de la République d’Azerbaïdjan) et Eight Colors, du compositeur chinois contemporain Tan Dun. Deux œuvres qui ont illustré en musique une lecture du Livre des merveilles de Marco Polo.

Le programme du lendemain, intitulé Au Cœur des 1001 nuits, a permis au public de découvrir Reqs, de Franghiz Ali-Zadeh, une pièce composée à l’origine pour le Kronos Quartet et qui met à l’honneur le caractère protéiforme de la danse nationale azerbaïdjanaise. Ensuite, la Symphonie pour orchestre à cordes à la mémoire du poète Nizami de Fikret Amirov (1922-1984) a repris des thèmes du ballet écrit en 1947 à la mémoire de Nezâmi Gandjavi, celui que l’Azerbaïdjan considère comme son plus grand poète, avec ses œuvres majeures telles que Layla et Majnoun (1192) et Les Sept Beautés (1197).

Un programme complété par le cycle de chansons Folk Songs (1964) de Luciano Berio (le titre de l’une d’elles, Azerbaijani Love Song – pour soprano – se passe de traduction), et par Shéhérazade de Maurice Ravel – toujours pour soprano – très inspiré par l’Asie centrale et orientale, et par l’Orient musulman.

La pièce majeure du concert du 20 août – intitulé Au Bord de la Caspienne et donné dans le cadre original du Musée des Impressionnismes – a été la première mondiale de Création (de Franghiz Ali-Zadeh) pour violoncelle principal, flûte deux violons et un alto, une œuvre inspirée par la série des Nymphéas de Claude Monet, qui reste le plus illustre des résidents de Giverny. Également au programme, des arrangements du poème symphonique Dans les Steppes d’Asie Centrale d’Alexandre Boronine, et ses Danses polovtsiennes tirées de l’opéra Prince Igor, qui conte l’histoire de quelques membres d’une tribu turcique venus s’installer sur les rives de la Mer Caspienne. Le public a aussi eu le privilège d’entendre une œuvre rarement jouée en Occident : l’Ouverture de l’opéra Shakh-Senem, que le compositeur soviétique Reinhold Glière a écrite en Azerbaïdjan peu après son intégration à l’Union Soviétique en 1923.

Ainsi s’est achevé un festival remarquable, riche en évocations, thèmes et traditions musicales, qui a su mettre l’honneur plusieurs compositeurs - dont certains venus d’Azerbaïdjan - avec en fil rouge l’œuvre remarquable de Mme Franghiz Ali-Zadeh.

L’autre thème du festival, Musique et Révolution, a été inspiré par le centenaire de la Révolution d’octobre.

Situé à 80 km de Paris, le village normand de Giverny est l’une des destinations touristiques les plus prisées par les amateurs d’arts. L’un des maîtres de l’impressionnisme, Claude Monet, y a élu domicile de 1883 jusqu’à sa mort en 1926. Outre son travail sur la nature et les paysages, Monet était un botaniste et un horticulteur accompli. Sa maison et son jardin paysager, très bien conservés, inspirent aujourd’hui encore des générations d’amateurs venus du monde entier. Les nymphéas – que Monet a peint à de nombreuses reprises, parfois à la limite de l’abstraction – et les prairies inondables ont exercé une fascination particulière sur le maître.

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